Envoi mails

1 août 2026

Le bilan carbone des emails au bureau : ce que disent vraiment les chiffres

Cette action est devenue si banale qu’on oublie bien souvent qu’envoyer nos emails quotidiens repose sur une infrastructure bien réelle et énergivore : appareils, réseaux, centres de données. Chaque email que vous envoyez a donc un impact carbone. Mais cet impact est-il si important qu’on le dit ?

Un email, pris isolément, pèse peu

Commençons par le chiffre qui fâche souvent : selon le simulateur Impact CO2, l’outil officiel adossé à la Base Empreinte de l’ADEME (Agence de la transition écologique), un email simple sans pièce jointe représente aujourd’hui 0,11 g de CO2e, fabrication de l’appareil comprise. À l’échelle d’un an, pour un usage moyen de 2 600 emails envoyés (environ 50 par semaine), cela donne à peine 0,27 kg de CO2, l’équivalent d’à peine plus d’un an de visioconférence divisé par dix, ou d’une fraction d’une seule heure de streaming vidéo (qui pèse à elle seule 11,5 kg de CO2 sur une année d’usage courant).

Autrement dit : envoyer un email, individuellement n’est pas le principal impact sur notre empreinte numérique.

Mais l’impact ne vient pas d’où on croit

Ce qui est plus surprenant, c’est la répartition de ce petit impact. On pourrait penser que l’essentiel vient de l’ordinateur ou du smartphone qui envoie le message. Ce n’est pas le cas : selon l’ADEME, 86 % de l’impact d’un email provient des data-centers qui le traitent et le stockent, contre 12 % pour l’appareil de l’utilisateur et 2 % pour le réseau. Le vrai poids d’un email ne se joue donc pas au moment où on clique sur « envoyer », mais dans l’infrastructure invisible qui tourne en continu derrière chaque boîte mail.

Et cette infrastructure ne va pas en s’allégeant. L’ARCEP, le régulateur français des télécomunications, suit chaque année l’évolution de l’empreinte environnementale du numérique en partenariat avec l’ADEME. Sa dernière enquête constate que les émissions liées aux centres de données progressent d’environ 10 % par an, pour la deuxième année consécutive. Une hausse portée notamment par le développement de l’intelligence artificielle. Le poste qui pèse le plus dans le bilan d’un email est donc aussi celui qui augmente le plus vite.

Le vrai enjeu se situe ailleurs

Si un email individuel pèse peu, le numérique dans son ensemble, lui, pèse lourd. L’INSEE l’a chiffré pour la France : en 2023, les produits et services numériques représentaient 21 millions de tonnes de CO2 équivalent, soit 3,2 % de l’empreinte carbone totale du pays. Et la moitié de ce total ne vient même pas de l’usage; elle vient de la fabrication des appareils, en France comme à l’étranger.

Ce constat, l’ADEME le confirme à son échelle : 60 % de l’empreinte carbone du numérique provient de la fabrication des équipements, pas de leur usage quotidien. Concrètement, fabriquer un ordinateur portable de 2 kg génère environ 183 kg de CO2, contre seulement 7,6 kg pour l’ensemble de son usage sur toute sa durée de vie. Un smartphone neuf, à lui seul, représente près de 300 fois l’empreinte annuelle des emails d’un salarié.

Ce qui change vraiment la donne

Ces chiffres dessinent une hiérarchie claire. Trier sa boîte mail ou éviter d’envoyer un email de trop reste un geste sympathique, mais son effet réel sur le bilan carbone est marginal. Deux leviers pèsent nettement plus lourd :

  • Faire durer les appareils. Puisque la fabrication concentre l’essentiel de l’impact numérique, garder son ordinateur ou son smartphone un an ou deux de plus a un effet largement supérieur à n’importe quelle pratique de sobriété sur les emails.
  • Limiter les pièces jointes lourdes, qui restent le principal facteur de variation d’un email à l’autre : un email avec une grosse pièce jointe peut peser plusieurs dizaines de fois plus qu’un email simple.

En somme

L’email, pris seul, n’est pas le problème climatique qu’on lui prête parfois. Mais il est le symptôme d’un système plus large (data-centers en pleine croissance, appareils renouvelés trop vite) dont l’impact, lui, est loin d’être négligeable. Réduire son empreinte numérique passe moins par le nombre de mails qu’on envoie que par la durée de vie des équipements qu’on utilise pour les envoyer.


Sources :
ADEME, Calculez l’empreinte carbone de vos usages numériques
Impact CO2, Empreinte carbone d’un email et Usages numériques
INSEE, Empreinte carbone et consommation énergétique du numérique
ARCEP, Enquête « Pour un numérique soutenable » 2025

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